La visite du Président Félix Faure à Saint-Étienne 29 et 30 mai 1898

 
Photo officielle de Félix Faure ©La Documentation française.
Cette page est largement inspiré du mémoire de fin d'études de Clémence Hayot.

Félix Faure a été élu le 17 janvier 1895 à 55 ans. Fils d'un petit fabricant de fauteuils du faubourg Saint-Denis, Félix Faure, d'abord apprenti tanneur, s'établit à son compte et voit son entreprise prospérer. Devenu riche négociant en cuirs au Havre, il entre en politique en 1870 au poste d'adjoint au maire de cette ville avant d'être élu député républicain modéré en 1881. Il est réélu jusqu'à son accession à la Présidence en remplacement de Casimir-Perier, démissionnaire. Il a aussi occupé des fonctions ministérielles dans des cabinets modérés au Commerce, à la Marine, ou aux Colonies.

Saint-Étienne compte environ 140 000 habitants qui se préparent à accueillir Félix Faure. Depuis la visite de Louis Napoléon Bonaparte en 1852, aucun chef de l'État n'est venu alors que Lyon a eu les honneurs de plusieurs visites présidentielles.
La ville entière est en effervescence, dans les rues que doit traverser le cortège présidentiel, des peintres recouvrent de blanc les façades des maisons ternies par la poussière des mines et des industries. À l'époque, Saint-Étienne est une ville noire, une ville minière et industrielle et pourtant aussi une ville de soieries et de rubans de renommée internationale. C'est cette diversité qui fait de Saint-Étienne une des premières villes manufacturières du pays.
Le contexte dans lequel se déroule le voyage officiel est aussi celui des élections. En effet, la semaine précédant la visite du président à Saint-Étienne a eu lieu le second tour des élections législatives. À Saint-Étienne, bien que le socialisme trouve une certaine audience, les élections de 1898 consacrent les républicains.
Ce voyage de deux jours pour Pentecôte a nécessité sept mois de préparation.

La visite :
Le train spécial du Président de la République part de la gare de Lyon vers 21 heures et adapte sa vitesse pour n'arriver qu'au petit matin. Il y a un court arrêt à Montbrison où Félix Faure est accueilli par quelques personnalités dont le sénateur Émile Reymond. Le maire remet au Président un tableau du peintre Charles Beauverie.

À 9 heures le train arrive à la gare de Châteaucreux où Félix Faure est accueilli par Louis Chavanon, maire. À la sortie de la gare on entend les coups de canon, il y en aura 101, tirés depuis la colline du Crêt-de-Roc. À 10 heures, le Président arrive à l'Hôtel de Ville où il va remettre la Croix d'Officier de la Légion d'honneur au maire.

Après le repas offert par le Préfet de la Loire, Félix Faure se rend au monument aux morts de 1870 qu'il va inaugurer. Des choristes, dirigés par Alfred Dard-Janin, directeur du conservatoire, exécutent le choeur du stéphanois Jules Massenet Alerte composé en l'honneur des combattants, avec des paroles de Joseph Maissiat.
Juste après, le Président lâche un pigeon blanc décoré aux couleurs de la France donnant le signal pour un lâcher de près de 12000 pigeons. Félix Faure se rend ensuite à pied au Palais des Arts (musée des Arts et de l'Industrie) où il visite les collections de rubans et d'armes.

Le cortège se rend ensuite à l'Hôtel-Dieu qui est en passe d'être abandonné, puis au nouvel hôpital à Bellevue qui sera pour l'occasion inauguré bien que non encore terminé. Félix Faure remet la Croix de Chevalier de la Légion d'honneur à Léon Lamaizière architecte de l'hôpital.

À l'Hôtel-de-Ville vers 19h 15, 320 convives sont attendus pour un banquet avec un menu impressionnant. Le Président regagne ses appartements à la Préfecture vers 22 heures.

La deuxième journée, plus dense encore que la première, commence dès 8h 15 par la visite des usines Giron qui ne dure qu'une vingtaine de minutes. Le Président se rend alors à l'École des mines qui se trouve tout à côté à Chantegrillet puis redescend jusqu'à l'École professionnelle (devenue lycée Étienne Mimard) où il est attendu par son directeur Claude Lebois à qui il remet la Croix de Chevalier de la Légion d'honneur.

Il n'est que 9h 30 lorsque Félix Faure commence sa visite à la Manufacture nationale d'armes qui ne durera guère plus de 30 minutes. La visite suivante d'une durée à peine plus longue est celle de l'usine Barrouin dont le directeur est alors Charles Cholat. Les trajets entre les visites se faisant au ralenti sous les acclamations de la foule, il est presque midi lorsque le Président regagne la préfecture pour un repas avec quelques industriels.

L'après-midi il y aura visite de la Chambre de commerce puis un concours de gymnastique place Carnot où se produiront près de 2000 participants. Il est plus de 16 heures lorsque Félix Faure visite le modeste atelier de M. Villard 32 rue Paul Bert.
José Frappa immortalisera cet instant dans le tableau ci-contre.

Après quelques minutes de repos à la Préfecture le Président se rend au banquet de la Chambre de commerce prévu pour 550 convives à la Manufacture Française d'Armes et Cycles d'Étienne Mimard et Pierre Blachon où un menu tout aussi copieux que celui de la veille l'attend.
La soirée se termine par un gala au Grand théâtre et le Président reprend le train vers 23 heures.

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