Le préfet Louis Lépine et notre région

 
On ne présente plus Louis Lépine, son concours, bien sûr, a largement contribué à le faire connaître. On connaît aussi son passage au poste de Préfet de police à Paris où il a été très remarqué, on connaît moins bien ses rapports avec notre région. Outre qu'il est né à Lyon, il a eu des contacts étroits avec le Forez et avec la ville de Saint-Étienne. Mais commençons par le début.

L'acte de naissance n° 3136 nous indique que Joachime Emmanuelle Vegerano "est accouchée" le 6 août 1846 à 3 h du matin au domicile de son époux, Jean-Baptiste Lépine, 40 ans, teneur de livres, d'un "enfant mâle" auquel on a donné les prénoms Louis Jean Baptiste.

La mère du futur préfet est née à Valladolid en Espagne le 21 août 1814. Elle se marie une première fois avec François Lavis, marchand quincailler, le 24 avril 1830, elle n'a que 16 ans, à Chalon-sur-Saône où elle vit avec sa mère, Anne Lavie, tandis que son père, Jean Antoine Vegerano, est présumé mort en Espagne. De cette union naîtra un fils, Anselme, né à Chalon-sur-Saône le 17 novembre 1831 mais décédé le 17 décembre 1832. François Lavis mourra à son tour le 6 janvier 1833 à seulement 28 ans, Emmanuelle Vegerano épousera alors Jean-Baptiste Lépine, à Chalon-sur-Saône, le 9 avril 1834.

Le père, Jean-Baptiste, est né à Chalon-sur-Saône le 7 juin 1806, de Marie Lépine et de père inconnu, et mort à son domicile de Cuire (Rhône) le 11 janvier 1894. D'abord commis marchand à Chalon-sur-Saône, il va s'installer à Lyon où il deviendra un peu plus tard teneur de livres. On parle parfois de la naissance de sept enfants, je n'en ai trouvé que cinq, nés à Lyon, et sur les cinq, trois sont morts en bas âge. Marie Anne Caroline le 29 novembre 1835 (décédée le 20 janvier 1941), Jacques Raphaël le 6 juillet 1840, François Charles Bernardin le 21 août 1842 (décédé le 18 novembre 1843), Reine Marie le 3 juillet 1844 (décédée le 18 août 1844), Louis est donc le dernier de la fratrie.

Raphaël fit de brillantes études de médecine. Étudiant auprès de Jean-Martin Charcot à l'hôpital de la Salpêtrière, il devint un physiologiste réputé, professeur à la faculté de médecine de Lyon. Il est mort à Menton le 17 novembre 1919.

Louis fit des études de droit et devint avocat au tribunal de Lyon de 1872 à 1877 puis sous-préfet dans différentes villes dont Montbrison le 25 mars 1879. C'est là qu'il rencontre sa future épouse. Le mariage a lieu à Montbrison le 31 mai 1880 alors que Louis Lépine a déjà été nommé sous-préfet à Langres. Son épouse, Marie Dulac, née à Montbrison le 8 juin 1854, est la fille d'Étienne Marie Émile Dulac, avocat, juge au tribunal civil de Montbrison, conseiller municipal (décédé le 25 juin 1873) et de Bénédicte Eulalie Crozet qui n'est autre que la fille de François Crozet et d'Eulalie Fourneyron. Louis Lépine devient alors parent avec la famille Crozet-Fourneyron. Marie Dulac a hérité du château de Sauvain (Loire) où le couple reviendra de temps à autre.

Il revient dans notre région comme préfet de la Loire nommé le 16 mai 1891. Il s'implique dans la grève des verriers de Rive-de-Gier pour trouver un compromis et le conflit ne durera que quelques jours début novembre 1891. Il s'illustre en accompagnant les premiers secouristes dans la mine lors du coup de grisou du puits de la Manufacture le 6 décembre 1891, explosion qui fit 62 morts. Il sera, bien entendu, en tête du cortège pour les funérailles des victimes. Il a reçu, pour son intervention dans la mine, la médaille d'or du dévouement. Il semble qu'il ait assisté, en sa qualité de préfet, à l'exécution de Ravachol le 11 juillet 1892 à Montbrison. Il est encore en poste à Saint-Étienne lorsque sa mère meurt à son domicile de Cuire (Rhône) le 24 décembre 1892.

Il terminera sa carrière comme préfet de police à Paris à partir de 1893, avec un détour par l'Algérie où il a été nommé Gouverneur général d'octobre 1897 à juin 1899.
Officier pendant le guerre de 1870, blessé, il sera décoré de la médaille militaire en 1871 et nommé Grand-croix de la Légion d'honneur en 1906.

En 1900, devant le marasme des petits fabricants de jouets et d'articles de Paris, dû à la concurrence étrangère, le Préfet Lépine prend l'initiative de créer, en 1901, un concours-exposition qui deviendra en 1902 le concours Lépine. Son épouse meurt à Paris le 30 septembre 1903, elle est inhumée à Montbrison.

Il prend sa retraite de Préfet de police à Paris le 28 mars 1913, mais une élection partielle allait avoir lieu dans la première circonscription de Montbrison suite au décès du député-maire Claude Chialvo survenu le 19 mai 1913. Il sera élu le 20 juillet 1913 et sera député de la Loire jusqu'au 31 mai 1914. Convoitant alors une circonscription de la Seine, il sera battu.
Pendant la guerre, on lui confia encore quelques missions et, plus tard, il se consacra à la Compagnie du canal de Suez dont il était administrateur depuis 1907.
Il meurt à Paris le 9 novembre 1933. Montbrison a honoré sa mémoire en donnant son nom à une avenue.

Les enfants de Louis Lépine et Marie Dulac :

- Madeleine Élisabeth, née à Fontainebleau le 2 janvier 1882, mariée à Paris (4e) le 10 mars 1902, avec Jean François Georges Auguste Reymond, frère d'Émile Reymond. Né à Montbrison le 21 juillet 1872, ingénieur civil, directeur des charbonnages de Nikitovska en Russie, il est assassiné à Droujkowka en Russie le 28 février 1907.

- Daniel André, né à Fontainebleau le 20 octobre 1884, médecin auxiliaire, mort pour la France le 1er novembre 1914 à Wisembach (Vosges).

- Anne Raphaëlle Élisabeth, née à Châteauroux le 2 juillet 1886, mariée à Paris (4e) le 23 juin 1909 avec Pierre Camille Labbé (Neuilly 7 juillet 1875 - Paris 22 juin 1929), décédée à Marcei (Orne) le 27 juillet 1979.

- Renée Marie Bénédicte, née à Paris (4e) le 18 décembre 1893, mariée à Sauvain (Loire) le 15 août 1913 avec Claude Henri Reymond, autre frère d'Émile Reymond. Né à Paris le 5 janvier 1880, il entre dans la marine en 1898 et terminera sa carrière lieutenant de vaisseau. Nommé au 1er janvier 1906 sur le cuirassé Iéna, il y était probablement au moment de l'incendie suivi d'une explosion le 12 mars 1907 qui tua 108 militaires dont l'Enseigne Roux. Il est mort à Ferrières-sur-Sichon (Allier) le 3 janvier 1964. Son épouse est décédée à Paris (15e) le 25 septembre 1981.

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