L'approvisionnement en eau, une histoire de plus de 300 ans

 
Il y a quelques siècles, les habitants utilisaient les puits de la nappe phréatique du Furan ce qui imposait parfois de parcourir de longues distances. On pouvait aussi utiliser l'eau du Furan lui-même à condition de la puiser avant la ville car dans sa traversée cette rivière servait d'égout. Le Furan alimentait aussi les usines et les moulins en énergie.

En 1607 la population était d'environ 5500 habitants et l'on installa au Pré de la Foire (place du Peuple) la première fontaine de la ville à l'endroit où l'on trouve aujourd'hui celle de Mathurin Moreau (1822-1912) dont on voit la photo. Des conduites en bois de pin amenaient l'eau depuis des sources captées au-dessus de Valbenoîte.

En été on pouvait manquer d'eau et ceci dès le XVIIe siècle. Pour y remédier de nombreux projets pour la fourniture d'eau en qualité et en quantité à la ville ont vu le jour mais bien peu ont été réalisés. Voici en quelques dates cette longue quête de l'eau.

- En 1689 un bief connu sous le nom de "Rio de Rey" est creusé pour capter l'eau des sources de la Semène et l'amener dans le Furan. Près de 5000 ouvriers travaillaient alors dans 80 établissements dépendant de l'énergie hydraulique sur le cours du Furan. Les années sèches, le chômage pouvait durer 150 jours par an d'où l'intérêt de ces travaux. On trouve encore aujourd'hui des traces de ce bief mais il s'agit vraisemblablement de travaux ultérieurs.

- Le 3 août 1694, à la suite de fortes pluies une digue se rompt, la ville est inondée et le bief est abandonné.

- En 1794 on entreprend le curage du bief mais les travaux sont stoppés en 1796 par le gouvernement qui demande une étude de barrage.

- En 1813 une nouvelle étude due à l'ingénieur Lepère conclut au rétablissement du bief.

- En 1815 reprise du creusement du bief mais les habitants de Saint-Genest-Malifaux qui utilisent l'eau pour leurs propres activités, provoquent l'arrêt du chantier en détruisant la nuit les travaux faits le jour.

- En 1820-1821 M. Lacordaire, ingénieur des ponts et chaussées, est le premier à envisager la construction de réservoirs sur le Furan, un à la Roche Corbière et deux autres échelonnés au "Pas-du-Riau".

- En 1828 M. Michal, ingénieur des ponts et chaussées, prévoit un barrage sur le plateau de la République.

- 1829, M. Thirion propose d'amener les eaux de la Loire depuis Saint-Victor prâce à des pompes à vapeur mais devant le coût exorbitant, il renonce lui-même à ce projet. Un peu plus tard M. Lacordaire propose de puiser l'eau dans la Semène à Pont-Salomon mais là encore les dépenses seraient insupportables pour une quantité trop faible.

- En 1830 on dispose de 25 fontaines qui sont alimentées par des conduites en fonte dont la principale capte l'eau du Furan un peu avant sa confluence avec le Furet. Ceci ne résoud pas les problèmes de pénurie l'été d'où l'étude suivante.

- En 1832 M. Blondat, ingénieur ordinaire, note 8 réservoirs possibles, 5 sur le Furan, 2 sur le Furet, 1 sur le Chavanelet.

- En 1834 la délibération du conseil municipal du 6 mars élimine le projet d'un réservoir sur le Furet et opte pour la construction d'un barrage au-dessus des Grandes Molières dans la vallée du Furan sur la commune de Valbenoîte. Une sécheresse importante de janvier à mai presse les élus à réagir car les fontaines ne sont plus alimentées que par moitié en alternance. En attendant, il est voté de prolonger l'aqueduc et de puiser une partie de l'eau du Furan au grand dam des usiniers qui perdaient de la force motrice. Les travaux ont cependant été exécutés redonnant une quantité d'eau suffisante pour alimenter les fontaines, ce qui n'empêche pas de continuer à chercher de nouvelles sources.

- En 1842 M. Bergeron, ingénieur, étudie de nouveau les différentes possibilités d'augmenter la quantité d'eau en en calculant les coûts. Il reprend le captage des eaux de la Semène qui seraient déversées dans la vallée du Furet et conclut que la quantité d'eau ne sera pas suffisante pour le coût estimé. En conséquence, il préconise de prévoir la construction d'un barrage sur le Furan au Gouffre d'Enfer, seule solution pour lui de satisfaire à la fois les habitants et les usiniers.

- En 1846-1848 Pierre Conte-Grandchamp établit un nouveau rapport sur la capture des sources de la Semène et l'envoi de l'eau dans la vallée du Furet. S'y ajoute la construction d'un réservoir sur la Semène pour compenser la perte d'eau les mois d'été. Projet controversé car trop coûteux pour les finances de la ville.

- En 1857 Aristide Dumont émet un projet prévoyant de puiser l'eau de la Loire au Pertuiset et de la remonter par des pompes refoulantes à vapeur dans un bassin à la Croix-de-l'Orme.

- En 1858 une commission de cinq membres est nommée pour étudier le rapport détaillé de Conte-Grandchamp et Graeff dont voici les grandes lignes : capter 72 sources du Furan dans des rigoles en ciment de Massy collectées dans une rigole principale pour une longueur totale de 36 694 m. Un aqueduc partant de la rigole principale à environ 2 km au-dessous de Tarentaise rejoindra la Mulatière (où il y aurait un réservoir) soit une longueur de 12 110 m. Pour compenser la différence d'altitude de 474 m on aurait une pente d'un mm par m et 18 chutes. L'aqueduc est calibré pour recevoir 53 000 m3 par jour et pourrait donc recevoir, le cas échéant, les sources de la Semène. Le rapport prévoit également la construction du barrage du Gouffre d'Enfer afin que les usines ne soient pas pénalisées par la prise d'eau pour les fontaines en leur apportant suffisamment d'eau en été et en évitant les inondations en cas de crue. Il est même envisagé pour plus tard un barrage au Pas-du-Riot.

Dès 1859 les travaux de captage des sources ainsi que la construction du barrage du Gouffre-d'Enfer commencent suivis par l'ingénieur en chef Auguste Graeff assisté par les ingénieurs Pierre Conte-Grandchamp puis Adrien de Montgolfier.
Pendant cette période les conduites anciennes sont remplacées et de nouvelles voient le jour pour alimenter de nombreuses bornes-fontaines dans différents quartiers.

Le barrage du Gouffre-d'Enfer est inauguré le 28 octobre 1866 le maire de la ville est alors Benoît Charvet.

La ville continue à se peupler et les usines réclamant toujours plus d'eau, les études sur la construction d'un second barrage reprennent. Après une sècheresse prolongée en 1869, la décision est prise le 19 janvier 1870. Le barrage du Pas-du-Riot est construit entre 1874 et 1877 sous la direction des ingénieurs en chef Lagrange puis Jollois. Entre 2017 et 2019 de gros travaux de consolidation ont été entrepris et sa capacité est passée de 950 000 à 1 210 000 m3.


Barrage du Gouffre d'Enfer ici en eau

Barrage du Pas-du-Riot avant 2017

En 1893 la population de la ville atteint 133 000 habitants auxquels il faut ajouter près de 19 000 habitants des communes environnantes desservies également en eau. Prévoyant un accroissement continu de la population, la commission d'étude remet à jour des hypothèses d'approvisionnement en eau comme un 3e barrage sur le Furan, un barrage sur le Furet, la reprise du bief de la Semène, le barrage sur le Cotatay avec un partage de l'eau entre Saint-Étienne et le Chambon et pourquoi pas puiser l'eau de la Loire à Saint-Victor pour des besoins industriels.

En 1894, une commission spéciale étudie ces hypothèses ainsi que celle du détournement des eaux du Lignon en Haute-Loire. C'est cette dernière solution qui est préconisée lors du Conseil municipal du 28 mai 1894 avec une étude technique assez précise. Le projet est adopté par 27 voix et 6 abstentions dont celle du maire Pierre Barrallon qui était pour le captage des eaux de la Semène. Un avant-projet, signé le 12 août 1895 par l'Ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées Reuss, est présenté le 29 octobre 1895 au Conseil municipal et adopté.


Tracé de l'aqueduc du Lignon

Le barrage sera établi au lieu-dit La Valette (Lavalette) dont les eaux se déverseront dans un petit barrage au Pont-de-l'Enceinte où se trouvera la prise d'eau. Le canal d'amenée aura une longueur de 54 250 m. Il traversera 8 communes en Haute-Loire et 5 dans la Loire. Il sera étanche et découvert sauf dans les traversées des vallées, des voies de communication et à proximité des agglomérations. La traversée des 9 vallées profondes se fera par des siphons, celle des 5 vallées peu profondes par des ponts-aqueducs et celle des 15 sommets par des canaux souterrains. Pour les siphons sont utilisés deux tuyaux de fonte de 60 à 70 cm de diamètre ou pour les parties basses des tuyaux en tôle d'acier. Le coût estimé est de 7 000 000 F.

Sur les photos des Archives municipales on voit à gauche la prise d'eau au Pont-de-l'Enceinte, au centre le creusement de la conduite d'amenée d'eau et à droite la construction du siphon de Cotatay. Les travaux ont commencé en 1900 et Saint-Étienne est desservi par les eaux du Lignon en avril 1908.
On peut voir encore aujourd'hui des ponts-aqueducs et des siphons.


Pont-aqueduc de la vallée du Malval

Siphon de la vallée de Cotatay

Un projet de barrage de 30 m à Lavalette a été voté le 24 août 1906 mais une crue de la Loire en 1907 a mis en lumière la nécessité de la régulation du débit du Lignon. Le projet évoqué le 12 août 1910 préconise un barrage de 54 m mais ce projet comporte deux parties, l'édification d'un barrage de 24 m permettant une réserve de 3 000 000 m3 et une surrélévation à 54 m plus tard. C'est la solution qui est adoptée.
Le barrage devait être achevé à la fin de l'année 1914 mais la mobilisation générale a privé le chantier de ses ouvriers. Les travaux reprennent au ralenti en octobre 1914 avec des ouvriers non mobilisés puis en août 1915 avec des prisonniers de guerre.
Devant les besoins en eau, le barrage encore en construction a été mis en service en 1916 avec une capacité de 1 000 000 m3. Cependant, les prévisions de consommation sont telles qu'il est décidé de prévoir un réhaussement du mur jusqu'à une hauteur de 30 m. Pour des raisons patriotiques en cette période de guerre, l'emprunt nécessaire à ces travaux supplémentaires a été ajourné. Ce n'est qu'en juin 1919 qu'il sera à nouveau demandé alors que le mur est terminé depuis octobre 1918. Le barrage a donc une hauteur de 24 m pour une capacité de 3 000 000 m3.

Les études de surélévation du barrage vont prendre des années. Pendant ce temps, le 30 août 1935 est votée la construction d'une "station d'épuration des eaux du Lignon" à Solaure, on dira aujourd'hui station de traitement des eaux. Jusque-là l'eau potable était traitée par javellisation. La station qui passait pour être la plus moderne d'Europe avec un traitement au chlore gazeux ne sera mise en service qu'en juin 1949.
C'est également à la fin des années 1940 que le réhaussement du barrage se termine amenant la capacité à plus de 40 000 000 m3 même si des travaux de finition dureront jusqu'en 1954.

En 1962, on constate que la consommation en eau de la ville et des communes desservies est passée de 700 000 m3 en 1940 à 2 300 000 m3 en 1959 et qu'il convient de prévoir de doubler l'aqueduc d'une nouvelle conduite. Ce nouveau grand chantier va prendre des années pour les études, l'acquisition des terrains et le choix des entreprises. Les premiers travaux concernent le percement de tunnels et commencent en 1967 et la conduite ne sera mise en service qu'en 1972.
Elle a une longueur de 32 km donc beaucoup plus courte que l'aqueduc qu'elle remplace sans que celui-ci soit hors d'usage. En cas de besoin il peut être remis en service.

La photo montre une station de pompage et une cheminée d'équilibre sur la conduite souterraine sur la commune de Saint-Ferréol-d'Auroure (Haute-Loire).

Au début des années 1970, on prévoit une extension de la station de traitement des eaux de Solaure ainsi que de remplacer l'aqueduc des sources du Furan vieillissant par une conduite forcée de 700 mm.
Cette conduite est mise en service en 1976 et rejoint la station de traitement de la Vionne (Solaure), ainsi toute l'eau destinée à la consommation de Saint-Étienne et des communes desservies est traitée de la même manière.

La station a été rénovée en 2013-14 permettant le traitement de 65 000 m3 par jour voir 100 000 en débit de pointe.

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